vendredi 11 octobre 2013

suite de la conférence d'Alain CHARLET

L'art est recherche d'authenticité.


Charles JULIET a très bien exprimé cela dans l'un de ses journaux:

"les œuvres sont de trois sortes:
Les œuvres du beaucoup
Les œuvres du joli, de l'agréable, du plaisant techniquement parfaites et qui relèvent de l'artisanat d'art
Les œuvres du vrai qui sont aussi celles du beau"

Et il ajoute:" l'artiste en quête de vérité ne se soucie pas de beauté. Et puisqu'il n'en a cure, il la trouve et la libère car elle n'est autre que cette lumière qui émane du vrai."

N'y a- t -il  pas dans ces textes, une certaine analogie avec la parabole de la semence qui tombe sur différents terrains mais ne devient vraiment productive que si elle pénètre profondément dans la terre, comme la parole dans le cœur de l'homme? 

Quand on progresse dans cette voie du vrai, quand l' oeuvre devient plus profonde, elle devient plus simple, plus dense, plus classique, plus belle.
En écrivant cela , je pense à Fra Angelico qui nous touche parce qu'avant de peindre les choses du Christ, il vit avec le Christ 
 .Son art devient alors un témoignage qui parvient à la beauté par le talent, bien sur, mais aussi et surtout par l’authenticité, l'humilité et la simplicité. Si l'on compare son annonciation avec la cène de Léonard de Vinci on est effectivement frappé par la simplicité centrée sur l'essentiel
( la vierge et l'ange ) en opposition avec la complexité du tableau de Léonard de Vinci. 
Dans un cas on est au cœur d"un mystère , dans l'autre on est plutôt dans la virtuosité, le souci de la perspective et de la composition; le mystère n'est plus là. 

Il y aurait mille autres exemples à citer, mais je m'arrêterai uniquement sur l'une des œuvres ultimes de Matisse, la chapelle de Vence.


Voilà un artiste au faîte de sa gloire qui accepte de consacrer gratuitement trois ans de ses dernières années à la construction et à la décoration d'une chapelle. 
Et alors même que le graphisme devient parfois hésitant, surtout dans le chemin de croix.
Matisse s'est révélé à lui même sa propre vérité qui en quelque sorte dépasse ce qu'il avait imaginé au départ . Le tableau n'est plus que le fruit du vécu.


prochainement la suite de cette conférence sur: 
      De l'authenticité à la simplicité 

mercredi 2 octobre 2013

Art et spiritualité par Alain CHARLET



Maître de conférence Université d'Orléans 


Toute création est un témoignage d'humanité, mais parler de la spiritualité dans l'art c'est aller plus loin, c'est essayer de voir à partir de quelles exigences une oeuvre peut dépasser ce simple niveau d'humanité pour faire advenir ce qui dépasse l'homme, l'accès au mystère pourrait-on dire.

Cela exige des artistes une ascèse proche de celle de la prière car on leur demande d'aller au plus profond d'eux mêmes.à leur source.pour livrer une oeuvre authentique , vraie, simple. En contrepartie nous devons leur accorder une liberté totale dans leurs modes d'expression.
Ces œuvres là auxquelles je fais allusion dans mon article dépassent donc le cercle trop étroit de l'art sacré au sens où il serait limité aux créations inspirées par des thèmes religieux.
A titre d'exemple voici le dernier tableau de Nicolas de Staël   , "le Concert" peint juste avant son suicide .Il me semble que ces instruments sans musiciens sont comme un cri de détresse, le signe d'une grande tristesse malgré les couleurs flamboyantes.




"le Concert" de Nicolas de Staël 

"Tard je t'ai aimé,Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimé! Mais quoi ! Tu étais au-dedans de moi et j'étais, moi en dehors de moi même. Et c'est au dehors que je te cherchais..."         Saint Augustin 

Ce très beau texte d'Augustin nous met d'emblée au cœur du mystère de l'art pour un chrétien. C'est  au -dedans de soi, dans le silence , qu'il faut chercher la beauté et l'inspiration: impossible de peindre, de composer de sculpter si l'environnement n'est pas favorable et si le cœur lui même n'est pas en paix.
Il y a au fond une grande analogie avec la prière: A quoi servait pour les bénédictins ou les cisterciens, la beauté de la pierre et de la lumière, le grand isolement du site, la pureté et la simplicité de l'architecture, sinon à trouver le silence, le chemin de la prière et de la contemplation
:"Nous vivons comme dans une ville, et cependant aucun tapage ne nous empêche d'entendre la voix de celui qui crie au désert, si du moins à ce silence extérieur, correspond notre silence intérieur..."    Guerric d'Igny  

et Bernard de Clairvaux ajoute:

"Tu désires voir, écoute d'abord. L'audition est degré vers la vision.aussi  écoute et incline ton oreille, afin que par obéissance de l’ouïe, tu parviennes à la gloire de la vision."

Le silence et la paix intérieure constituent l'espace dans lequel on peut accéder au mystère, par l'intermédiaire de la prière pour certains et de l'art pour d'autres.
L'art comme la prière touche donc à ce qu'il y a d'immatériel dans l'homme ce que les chrétiens appelle le "sacré" ou le "spirituel" .......

suite de l'article la semaine prochaine 
sur   "l'art  recherche d'authenticité"